
Accident
Quand on est en fauteuil roulant, c’est incroyable toutes les attentions que les gens ont pour vous.
Si ils me connaissaient mieux ! Si ils savaient comment je suis arrivée dans ce fauteuil…
« - T’es vraiment une garce !
- On me l’a déjà vaguement fait comprendre… bon allez dégage ! »
Il est parti en courant sous la pluie. C’était un lâche, j’avais bien fait de casser. « Bon les filles, on jarte ! » Avec ma bande, on était les plus populaires des briseuses de cœurs. Il était 2h27 du matin et on était parties, avec la BMW de Chloé, dans le centre-ville. Elle m’avait déposée, ainsi que Raphaëlle, sur le parking du Carrefour à côté. J’y avais laissée ma voiture. La pluie rafraîchissait mon visage en sueur. La bière commençait à me monter à la tête. J’ai pris le volant, Raphaëlle n’avait pas son permis.
Je me souviendrais toute ma vie de ce moment,
La pluie tombait sur le pare-brise de ma voiture,
Et coulait le long des vitres…
J’ouvris la portière, et en titubant me laissa tomber sur le siège. Raphaëlle et moi vivions dans le même studio, dans la banlieue. Le genre de petit appart’ pourri qu’on loue aux étudiants pour trois croûtons de pain. Pour y aller on passe par un immense pont au-dessus du fleuve. J’arrivais justement devant ce pont. Je roulai sûrement un peu vite, car des gens me klaxonnèrent. Je leur fis un doigt d’honneur. Ma tête tournai et la voiture roulai n’importe comment. Soudain je vit la rambarde devant moi et fit une embardée. Mais la route était glissante, et ma voiture, puissante. Je défonçais la rambarde et ma voiture tournoyait dans les airs. Raphaëlle hurlait et moi, comme une idiote, je freinais. Prise d’un réflexe, j’ouvris ma portière et me jetai dans les airs. Je fit un plat magistral et m’enfonçai dans les eaux noires.
…
J’ouvris les yeux. J’étais dans une pièce blanche et lumineuse. Une grande fenêtre était ouverte sur un jardin. Le soleil brillait. Mes yeux me faisaient mal. Une femme s’approchait, elle était ronde et rousse avec des yeux verts pétillants.
« Bonjour, je suis Cathy, votre infirmière. Vous avez été dans le coma pendant quatre semaines. »
Mon infirmière ? Alors j’étais à l’hôpital. Ah oui ! L’accident ! Je me rappelai maintenant de chaque détail, et chacun d’eux me blessait plus sûrement qu’une lame.
« Et… où est Raphaëlle ? » Cathy ne me répondit pas. Je tentai de me lever mais mes jambes ne m’obéissaient pas. Elle me recoucha.
C’est là qu’elle m’annonça que j’étais la seule survivante de l’accident ; de plus, je ne pourrais plus jamais me servir de mes jambes… »
Voilà, vous savez tout ! Vous savez ce que j’étais. Ai-je mérité mon sort ? Je ne sais pas. Ceci n’est pas un conte de fées. Je n’ai pas changé brusquement. La seule chose que j’ai changée, c’est ma vision de l’amitié et de la vie. J’ai tué Raphaëlle… depuis, je ne boit plus. Ça aussi je l’ai changé. J’ai fini mes études. Mes amies m’ont laissée tomber. Les mecs se moquent de moi. Ce soir, je vais me tuer. Je ne peux plus vivre. Je vais rejoindre Raphaëlle.
Donc Adieu !
Elle fit rouler son fauteuil jusqu’à sa chambre et s’attacha une corde autour du cou.
Raphaëlle !

1 commentaire:
Magnifique, une couverture de froid et de l'armes s'abat sur le lecteur. Il n'y a que toi capable décrire comme ça.
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